La perdrix

Une perdrix frappe au carreau. Elle siffle sa faim. J’entrouvre, elle s’engouffre, fait le tour des miettes et une fois rassasiée me propose un échange de plume. La sienne est douce et résiste à l’eau. Devant mon air septique elle cherche d’autres possibles : me montrer les plantes qui ensorcellent, m’apprendre à voir la couleur de l’âme des animaux… Est-ce que je veux entendre les craquements des arbres qui poussent dans la forêt ? Est-ce que je veux qu’elle me chante une mélodie qui me fera oublier qui je suis ? Je l’interromps pour lui demander ce qu’elle attend de ma plume… Elle veut la connaissance humaine pour fabriquer des armes et nous faire sauter la cervelle, dès que possible. 

 

Dinde

Je suis couchée dans l’herbe. Une hirondelle surexcitée vole d’un bord à l’autre du ciel. Si j’étais un oiseau, je serais comestible, par exemple une dinde avec des cuisses de joggeuse pour échapper à Noël.

 

Bec à rien

Si tu n’as pas de bec tu n’existes pas comme oiseau alors cesse de piailler et de me faire croire que tu peux construire un beau nid dans une boite de conserve qui n’a pour ouverture qu’un trou dans un couvercle rouillé. Ferme ton bec à bobards et retourne branler ta langue sur d’autres branches. 

 

Les animaux du corps

Ils sont sortis en file indienne dans un désordre de fourrures, de cornes et de queues. J’ai compté les pattes, les oreilles, j’ai attrapé la ritournelle d’un oiseau pour la garder quelques instants dans ma gorge, j’ai salué les nuées d’insectes au bout de mes doigts, j’ai salué les rongeurs de vertèbres. Animal après animal, j’ai craché toute l’arche. 

 

Une vie de patate

Quand j’aurai assez poussé je me hisserai hors du rang des patates, j’irai saupoudrer mon amidon sur les ailes des corbeaux bouffeurs de frites, j’essaierai de convaincre les pommes de terre restées en terre de ne pas finir en robe de chambre. 

 

Burn out

Le soleil s’est planté dans le changement d’heure, son premier rayon a frappé en avance, la crête du coq a pris feu. 

 

Poule ou coq ?

Poule ! Je rêve de me faire plumer et de sentir des œufs chauds sous mes fesses. 

 

Condamné

Il y a du bruit dans la cheminée. Je ne peux pas démonter le conduit je n’ai pas les outils. Une plume tombe. Un oiseau ! Il va mourir, que faire ? Monter sur le toit, lancer des graines dans la gaine et lui offrir un dernier repas ? Il se confesse : il était paf quand il a chuté. C’est un corbeau qui boit. Il ne supporte pas de vivre dans un monde qui rôti les cailles. 

 

Plumarde

Oh toi bel oiseau, bien garni ! Je ne suis qu’une plumarde, une vieillerie des granges qui rumine ses boulettes et lutte contre quelques plumes de travers. 

Dépose ton refrain dans mon bec. Un jour je passerai la porte des airs à tes côtés. 

 

La sauterelle

Journée de sauterelle, je balance des hanches et quand je croise un mâle je l’attrape avec mes yeux, l’allonge sur une mousse puis détache ses ailes : qu’il cesse de s’agiter et reste à la maison avec mes sauterellons.

 

La vache

La vache a crevé dans un trou, ils n’ont pas pu la remonter, le véto est venu puis l’équarrissage, steak, frites, on s’est régalé. Ce n’était pas une vache, on nous l’a dit après.  

Fourmis d’eau

La pièce se rempli de gouttes d’eau, je déplace le seau, les gouttes sont plus rusées, elles font les fourmis et se laissent couler dans les coins là où le seau rond ne peut rien. Je tire la langue, l’eau est salée, mes larmes coulent.

 

La cinquième patte

Je suis fatiguée, je tire la langue, ça pourrait faire une cinquième patte, une patte de secours qui soulagerait mais non, c’est trop mou, on ne peut pas s’appuyer sur une patte qui tangue et laisse des traces de limace, je ravale la chimère et remets la langue à sa place : dans la bouche. 

 

Manque

J’occupe un royaume pour une personne. Je mange des boites de cervelles en recopiant le dictionnaire. Les jours impairs je lâche la bête savante et tâtonne sur la page vierge. J’ai perdu mon discernement. Bientôt mes cheveux et mes dents. Seule ; face au manque et sa majuscule de Mammouth.

 

Galop

Je cherche un galop pour retrouver l’état du fauve, ne pas sentir la vieillesse qui lentement repeint mes prairies. Je cherche une rafale qui fouette mes pensées et guillotine la tête ronde de l’obsession. 

Je cherche un galop. Est-ce un galop de zèbre ? Je zigzague tant. 

Je cherche mon galop. Je le trouverai en dormant. 

BIBLIOGRAPHIE

Blandine-Marcel, roman, éditions Michalon 2005
Blandine-Marcel 2, roman, éditions Michalon 2006
Mon œil ! (Prix Olympe de Gouges 2010), roman graphique, éditions Des ronds dans l’O 2010 
Poésie-Performances (livret et DVD), éditions Delatour 2016
Le BUBON, récit poétique, éditions Gros Textes 2016 
Je danse encore après minuit, recueil de poésies, éditions Gros Textes 2017 
Dé-camper, récit poétique, éditions Gros Textes 2018
Le bûcher sera doux, recueil de poésies, éditions La Rumeur Libre (mars 2019)

 

2019, propulsé par La Maison des Écritures et des Écritures Transmédias, HYPOLIPO. 

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