"L'opération poétique n'est pas différente de celle qui produit les conjurations, sortilèges et autres procédés magiques. Et l'attitude du poète est très comparable à celle du mage. Tous deux utilisent le principe d'analogie ; tous deux procèdent en vue de fins utilitaires et immédiates : ils ne se demandent pas ce qu'est la langue ou la nature, mais se servent d'elles à leurs propres fins. On peut ajouter ceci : que mages et poètes, à la différence des philosophes, des techniciens et des savants, tirent leurs pouvoirs d'eux-mêmes. Il ne leur suffit pas, pour oeuvrer, de posséder une somme de connaissances, comme il arrive chez le physicien ou le technologue. Toute opération magique requiert une force intérieure qui est le résultat d'un pénible effort de purification. Les sources du pouvoir magique sont doubles : les formules et autres méthodes d'enchantement, et la force psychique de l'enchanteur, son affinement spirituel qui lui permet d'accorder son rythme à celui du cosmos. On peut en dire autant du poète. La langage du poème est en lui et ne se révèle qu'à lui. La révélation poétique implique une recherche intérieure. Recherche qui n'a rien de commun avec l'introspection ou l'analyse ; plus encore que recherche : ACTIVITÉ PSYCHIQUE CAPABLE DE PROVOQUER LA PASSIVITÉ PROPICE À L'APPARITION DES IMAGES."

Octavio Paz, L'arc et la lyre, NRF Essais, Gallimard, 1965, P65-66. 

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