MAISON DES ÉCRITURES ET DES ÉCRITURES TRANSMÉDIAS

(M.E.E.T.) - HYPOLIPO

03 AU 15 DÉCEMBRE /////////////  PHILIPPE MALONE

LES RENCONTRES : HYPO-APÉRO LECTURE

 

le 4 décembre à 20H /

Épicentre Factory, Clermont-Ferrand. 

 

le 5 décembre 19H30 / 

Maison des comtes, Orcet.

 

 

 

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ATELIER

ATELIER AVEC PHILIPPE MALONE

OUVERT À TOUTES ET TOUS

LES 8 ET 9 DÉCEMBRE

14H-18H, maison Couthon, Orcet.

Testament des lucioles

 

Philippe Malone

« Voici venir le temps

De la brûlure intime

Celui de la lumière crue

Le temps confisqué de l'ombre

Où s'immole le rêve

 

Revoici

La nuit blanche »

 

Enregistrez

 

alors nous avons fuit

 

des éboulis de chairs

 

sur la pente d’un puits

 

 

la nuit pour seul passeport

 

notre ombre, des lanières de souvenirs pendues au revers de nos vestes

la nuit

 

 l’œil plus grand ouvert

 

encore

 

 

à toute apparition

 

une cloche d’angoisse

 

 

chaque mouvement, une menace retournée contre nous

 

 

Enregistrez

 

nous avancions à tâtons

 

guidés par l’espoir qu'existait encore une différence entre l'aveugle et l'aveuglé

 

percions l’argile noir

 

habitions la peur

 

nos mains

 

 

des crochets borgnes

 

suspendus

 

devant nous

 

 

Enregistrez

 

les ténèbres nous

 

plongions les mains dans l’encre de

leur ventre

 

(la peau à jamais souillée)

 

le jour mourrait dans nos poings

 

suintait sous l’ongle en graisse charbonneuse

 

 

elles

 

rassuraient

 

 

 

la nuit jusque dans l’estomac

 

 

 

Enregistrez

 

la nuit

 

les arbres s’élèvent

calcinés (forcément)

 

fondations culbutées d’une ville

 

 

la peur tapie

 

derrière chaque colonne

 

 

nous voyageons avec des ruines

 

en nous les ravages

 

notre unique héritage comme

 

éviscérés

 

nul horizon

 

une rayure sur la rétine

 

qu’un battement de cil

 

rétracte

 

fil d’argent perdu dans le velours bleu

 

de l’œil

 

 

la paupière ne fatigue pas ne rompt pas

 

se dégrise, du jour

 

 

élude l’ivoire pour l’ébène

 

l’orgie pour l’ascèse

 

 

renoue avec la fièvre brûlante

 

des peurs

 

 

Enregistrez

 

la nuit

 

chaque certitude abrite une

 

rumeur

 

chaque rumeur le

 

contrechoc lointain,

 

d’une peur

 

l’œil, plus humble

 

entre doute

& incision

 

l’imagination brosse ses fresques à vif, sur l’obscurité

 

vaste toile à l'apprêt de suie

où s’incruste la lame

 

 

Enregistrez

 

l’enveloppe des bruits

plus grossière encore

 

l’ouïe  comme saisie d’orgueil

 

grisée par

 

la reddition

 

de l’œil

 

il faut admettre la grossièreté du jour, ce projecteur violent qui abuse & condense & transforme toute ardeur en gesticulation vaine. il faut reconnaître le mensonge de la grande clarté, comprendre que la Terre n’est plate qu’écrasée sous le  ventre du soleil. il faut admettre la vacuité du ciel blanc.

 

la nuit se moque du couperet de l’horizon, elle ignore l’obstacle. étend son territoire au delà des peurs, à l’extérieur des frontières de l’enfance. il faut admettre que la nuit est plus vaste que le jour. il faut admettre que si la peur allonge les distances, elle étreint mieux l’espace.

 

 

(le soleil

 

 

une cloque de lumière que

 

la nuit disperse

 

en postillons

 

 

il éructe du ciel

la gueule béante & sèche

 

 

le chant d’Hécate

 

quand la nuit

hisse sa note au bleu &

redonne sa juste mesure à l’œil

 

 

la confiance, aveugle en

la paupière métronome au

cil gardien 

 

 

l’œil plissé comme une lézarde inquiète

 

 

la lumière noire s’immisce & brûle autant

que l’incision d’une peau

 

on ne voit pas

on croit

 

comme au jour,

sans fard

 

 

 

il faut la patience & la compréhension d’infinis siècles de haine & de rejet pour habiter sans crainte l’ombre dans laquelle on vous jette. Il faut d’infinis retraits ressassés comme l’érosion d’un viol pour épouser l’habitat de la peur. Il faut la douleur de mille années d’échardes pour s’accoutumer aux griffes de la nuit. Il faut la certitude de la désolation, l’héritage certain de lendemains vides.

 

 

ils ont piégé l’ombre dans laquelle nous campons

 

désormais elle submerge

 

(peuple sans ombre / mort)

 

Enregistrez

 

la clairvoyance des aveugles

 

chaque pas bouscule l’obscurité

 

des étincelles fugaces peuplant la nuit d’arabesques plus vives qu’un bûcher

 

 

 

notre guide

 

 

 

nous

n’aboyons pas nous

chantons

laissons l’aboiement

au jour

 

 

 

Enregistrez nous

 

avons extirpé le conditionnel de notre langue

 

un sacrifice utile

 

étrangler l’espoir à la racine

 

(ne pas encombrer l’avenir de chants trop lointains)

 

le présent trempé dans l’encre incolore de l’absence

 

nous avons marché

 

comme un peuple sans terre

tracions notre route,

par les hauteurs

 

notre langue à jamais gravée sous la semelle du vent

 

palimpseste rauque & sifflant

 

chaque tempête une odyssée

chaque brise un psaume

& dans chaque souffle

le témoignage d’une perte

 

wir können in keinem Weg mehr einem Weg sehen[1]

 

notre peur amplifiée

 

 

par le ventre

 

 

osseux des vallées

 

Echo, Komrade Echo, viens en aide toi qui parle notre langue

 

Puis l’égarement dans une forêt bruissante de bouleaux collés par la brume. La nuit pour caveau. Son murmure pour scellé.

 

 

[1] « Nous ne pouvons plus voir de chemin dans aucun chemin », Entfremdung, Ingeborg Bachmann

2019, propulsé par La Maison des Écritures et des Écritures Transmédias, HYPOLIPO. 

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