MAISON DES ÉCRITURES ET DES ÉCRITURES TRANSMÉDIAS

(M.E.E.T.) - HYPOLIPO

29 JANVIER AU 11 FÉVRIER ////// TRISTAN CHOISEL

LES RENCONTRES : HYPO-APÉRO LECTURE

 

le 30 janvier à 19H30 /

Épicentre Factory, Clermont-Ferrand. 

 

le 31 janvier 19H / 

Maison des Comtes, Orcet.

 

le 6 février 18H30/

Médiathèque de Cunlhat Réseau des médiathèques Ambert-Livradois-Forez

.

TRISTAN CHOISEL

 

«

Je suis l’auteur de huit pièces (trois en coécriture avec Michèle Énée), ainsi que de saynètes, dont Je ressens un grand hurlement, parue en 2016 dans la revue Le bruit du monde. 

Mon premier texte m’a permis d’obtenir l’aide d’encouragement du Centre National du Théâtre. 

 

Le collectif À Mots Découverts m’apporte régulièrement son soutien. La compagnie Orphéon Théâtre-Intérieur m’a commandé une version pour la rue de Cher client

 

Le Théâtre de l’Éphémère ainsi que le collectif MoNa ont mis en lecture Quelques bonnes idées d’achat. Hina et Owen (T. Choisel et M. Énée) a été lue au Théâtre de Rungis. 

D’avoir pleuré à l’hypermarché a été mise en espace au CentQuatre, mise en lecture au Théâtre de l’Aquarium, au CDN des Alpes, au Théâtre du Rond-Point, au Théâtre National de Strasbourg et à celui de Toulouse. La pièce est entrée en 2017 au répertoire des Écrivains Associés du Théâtre

» 

ATELIER

ATELIER AVEC TRISTAN CHOISEL

OUVERT À TOUTES ET TOUS

LES 10 ET 11 FÉVRIER

14H-18H, maison Couthon, Orcet.

Coaching littéraire – début d’écriture

 

 

PERSONNAGES

 

Paul-Denis, sexagénaire.

Victoire, sexagénaire. Guillaume, vingt-huit ans. Un voisin, quinquagénaire.

Le premier type, quadragénaire.

Le second type, trentenaire.

 

La barre verticale | indique qu'à partir de cet endroit de la réplique vient se superposer la réplique ou l’évènement qui suit.

Les alinéas à l’intérieur d’une réplique, lorsqu’ils ne sont pas justifiés par un changement de sujet ou d’humeur, correspondent à une pause.

Les trois points de suspension isolés « … » signalent un temps (par groupe de deux, un long temps).

 

- 1 -

 

Une maison modeste aux volets jaune citron un peu défraîchis, au pied de laquelle se trouve une cour. Paul-Denis s’approche de cette maison et s’adresse à un ou plusieurs interlocuteurs situés dans la cour. Il est difficile de dire combien d’interlocuteurs.

PAUL-DENIS. Je peux entrer ? – j’entre. Ça va bien ? – j’habite la très belle villa  un  peu  plus  loin,  vous  voyez ?  –  vous  voyez forcément, on a déjà parlé ensemble ; une fois, à la librai- rie, vous vous souvenez ? je vous demandais si vous aviez lu un livre ou l’autre, je ne sais plus lequel, vous ne l’aviez pas lu, vous ne lisez pas ce genre-là – vous voyez si je me souviens bien –, une autre fois, c’était dans la rue, il y avait un vent de tous les dia- bles, d’une violence qui fait que des inconnus tolèrent de s’adresser la parole – je me souviens bien, pas vous ? c’est nor- mal, vous voyez beaucoup de monde – quoique moi aussi. Mais voilà, je vais avoir besoin de vous. Ça fait très longtemps que je vous observe, très longtemps, j’ai tout observé de vous, jusqu’à la façon que vous avez d’observer, et c’est extraordinaire comme vous êtes vous-même, comme vous êtes sauvagement vous-même

– je ne vous apprends rien, c’est ce que tout le monde doit vous dire, vous respirez l’authenticité, moi pas du tout ; mon authen- ticité, je n’ai aucune idée de sa nature, elle est si profondément enfouie, si massivement recouverte, et je me garde bien de creuser, si je portais au jour ne serait-ce qu’une minuscule part de mon authenticité, elle me foutrait par terre, ça m’exploserait à la tête, à cause de la fermentation ; c’est vraiment préférable que je ne creuse pas, je n’y aurais même jamais pensé si un péril n’avait commencé de me gagner avec les années ; longtemps j’ai pu vivre tout à fait normalement sans authenticité, c’était douloureux, monstrueusement, mais c’était tout ce que ça me faisait ; au- jourd’hui, avec l’âge, je ne sais pas pourquoi, ça devient risqué, je m’essouffle, mon manque d’authenticité n’est plus seulement douloureux – je m’explique : je crois que je vais m’effondrer sur moi-même et pourrir dans la seconde ; dans la seconde, atteindre à l’authenticité de la pourriture ; je ne voudrais pas en arriver là, comment faire ? – je résume : mon authenticité propre est une vraie bombe, j’ai raison de ne pas aller la titiller, et l’authenticité de la pourriture ne me ferait pas plaisir, alors qu’est-ce qu’il me reste à faire ? j’ai eu cette idée : me rattraper à l’authenticité des autres, m’en nourrir – et, entre nous, se nourrir de l’authenticité des autres, c’est peut-être encore plus profitable que de vouloir développer la sienne propre, même quand on ne court pas le ris- que de l’explosion : c’est l’autre qui est authentique, c’est lui qui prend le risque d’être pauvre ou rejeté – de toute façon, je n’ai pas le choix, et j’ai donc eu cette idée : chaque fois que je verrai venir les signes de l’effondrement annonciateur de pourriture, je me rapprocherai très vite d’une personne authentique pour pren- dre sans attendre une grande bouffée de son authenticité ; vous habitez juste à côté de chez moi, ça sera très pratique ; et j’ai de la chance, des gens authentiques, il n’y en a pas d’autres dans notre rue, je les ai tous bien observés, c’est vous qu’il me faut, vous êtes parfaits pour ce que j’ai.

GUILLAUME. De très loin.

Papa !

PAUL-DENIS. Je n’allais quand |même pas…

GUILLAUME. Papa !

PAUL-DENIS. À Guillaume.

Un instant, merde ! Tu ne vois pas que je parle ?!

À l’interlocuteur.

Je disais que je n’allais pas quand même vous écrire, ni vous guetter, j’ai trouvé plus naturel de venir directement chez vous, vous proposer mon amitié.

Je vais voir ce qu’il veut.

GUILLAUME. Qu’est-ce que tu branles ?!

PAUL-DENIS. Je bavarde avec des amis – ça te concerne ?

GUILLAUME. Des amis ?

PAUL-DENIS. Tu as bien des amis, toi, non ? – combien en as- tu, déjà ?

GUILLAUME. Mon père est ami avec des gauchistes, mainte- nant !

PAUL-DENIS. Ils sont peut-être gauchistes, et alors ?

GUILLAUME. Tu m’as dit un jour : ne sois ami avec quelqu’un que si ça te rapporte quelque chose d’être ami avec lui.

PAUL-DENIS. Bien sûr – et je t’ai également dit que c’est un

 

principe très ancien dans la famille – ce n’est pas moi qui l’ai in- venté.

GUILLAUME. Et ça te rapporte ? – en l’occurrence…

PAUL-DENIS. Ça me rapporte ; en l’occurrence.

GUILLAUME. Des gauchistes, ils te rapportent ?

PAUL-DENIS. Je ne crois pas qu’ils soient gauchistes…

GUILLAUME. Tu as de la merde dans les yeux.

PAUL-DENIS. Admettons qu’ils soient gauchistes, je m’en fous. GUILLAUME. Tu t’en foutras moins quand ils t’auront plumé – c’est toi qui vas leur rapporter ! Vieil innocent. Qu’est-ce qu’ils te

rapportent ?

PAUL-DENIS. Ils vont me rapporter.

GUILLAUME. Quoi donc ?

PAUL-DENIS. Ça me regarde.

GUILLAUME. Fais attention, vieillir c’est faiblir.

PAUL-DENIS. Pourquoi viens-tu me déranger ?

GUILLAUME. Ta femme a besoin de toi – j’aimerais bien que cette folle cesse de me prendre pour son messager.

PAUL-DENIS. Ma femme n’est plus ta mère ?

GUILLAUME. Si, malheureusement…

PAUL-DENIS. Alors sois plus simple : appelle-la Maman.

GUILLAUME. Maman-la-Folle. Elle a besoin de toi.

Guillaume commence à s’éloigner.

PAUL-DENIS. Où est-elle ?

GUILLAUME. Dans la maison.

PAUL-DENIS. Où ça, dans la maison ?

GUILLAUME. Elle m’a pas dit.

PAUL-DENIS. Mais merde, c’est pourtant une information es- sentielle. Appelle-la.

GUILLAUME. J’ai plus le temps.

PAUL-DENIS. Moi, je n’ai pas mon portable, Guillaume !

Guillaume est parti.

GUILLAUME. C’est pourtant un objet essentiel !

2019, propulsé par La Maison des Écritures et des Écritures Transmédias, HYPOLIPO. 

  • Facebook M.E.E.T. HYPOLIPO